Passion,
patience et curiosité, tels sont les ingrédients pour
faire un bon enlumineur.
De l'enluminure, on garde cette image de moines copistes, travaillant
le nez dans les livres, à la lueur d'une bougie. Un héritage
du Moyen-âge. Dépassée, aujourd'hui, l'enluminure
? Pas vraiment, si l'on en croit le succès du salon consacré
à cet art ancestral, ce week-end, aux Ponts-de-Cé.
Dire
que l'enluminure est un art du passé, c'est un peu comme
affirmer que les poules ont des dents ; ça n'a pas vraiment
de sens. Et en plus, ça fait réagir Claire Guillemain,
lumineuse enlumineur(e), invitée d'honneur du salon de l'enluminure
et du vieux manuscrit, ce week-end aux Ponts-de-Cé.
« Ça n'est pas du tout dépassé, au contraire.
L'enlumineur fait des copies et des créations. On retrouve
son art dans les chartes de jumelage entre les villes, par exemple,
dans les menus, les faire-part. Nous faisons également des
copies d'enluminures pour les musées ou les collectionneurs
». Bref, un art tout à fait actuel, l'enluminure.
Mais être "dans le vent" ne veut pas dire que l'on
sacrifie le savoir faire sur l'autel de la modernité. «
II faut savoir que les techniques sont exactement les mêmes
qu'au Moyen-âge », précise Claire Guillemain.
Les matériaux, aussi d'ailleurs. On travaille toujours sur
des parchemins ou des papiers spécifiques, les couleurs sont
obtenues à partir de pigments mélangés. Et
il faut toujours des centaines d'heures de travail pour obtenir
une oeuvre.
Patient,
l'enlumineur. « C'est la passion qui fait que l'on est patient,
explique Claire Guillemain. Pour être un bon enlumineur, il
faut avoir le goût du Moyen-âge, faire beaucoup de recherches
iconographiques et, surtout, être minutieux. Nous sommes toujours
étonnés par la quantité de détails qu'il
peut y avoir dans une oeuvre ».
Dernier élément, qui, finalement, a lui aussi son
importance. II faut aimer le vin. Sucré, de préférence.
Anachronique ? Pas sûr. Quand on sait que les moines copistes
du Moyen-âge utilisaient le nectar des dieux pour vernir leurs
couleurs, on se dit qu'en Anjou, l'enluminure a de l'avenir.
Jean-Philippe
NICOLEAU.
Ouest-France du 15 Mars 2004 |